Carte blanche n°2 : Vincent flâneur


À mon tour de vous présenter ma carte blanche. Merci Vincent pour ce texte.Céline

Les cartes et l'armure

"Aujourd'hui, nous jouerons aux cartes", lui avait-il écrit. Cela l'avait un peu étonnée, et même un peu déçue. Dans la "vraie"vie, elle ne jouait pas aux cartes, et laisser aux cartes le soin de savoir comment elle serait fessée lui semblait un peu puéril, pas à la hauteur de ce qu'ils avaient vécu jusqu'à maintenant.

Un long dialogue épistolaire, une première rencontre, belle, drôle et cuisante, une deuxième, qui le fut tout autant, et à  la troisième fois, ce qui devait arriver arriva : les gestes et les mots de la fessée avaient ouvert la voie à ceux du sexe. Une issue qu'au départ, ils n'avaient ni exclue, ni privilégiée.
Cette union des corps n'avait pas dissipé un certain mystère. Malgré les dialogues, les provocations, les menaces et les rires, ils savaient très peu de choses l'un de l'autre. Ils se retrouvaient dans un lieu neutre, toujours la même chambre d'hôtel assez chic, à la décoration sobre. D'autres rencontres avaient suivi, des fessées de plus en plus drôles et sévères,  des étreintes de plus en plus intenses.
Ses caresses tout au long de son corps et en particulier sur sa croupe écarlate, sa façon d'exciter avec ses doigts et sa langue le bouton si sensible de son sexe, puis de la pénétrer à la fois doucement et fermement la faisaient chavirer. Peut-être était-il ensuite un peu rapide, ou au contraire s'attardait-il trop... Mais surtout, lui ne semblait pas jouir. Il la regardait et l'embrassait avec passion, la pelotonnait contre lui avec une infinie tendresse, mais il n'était jamais atteint par cette secousse haletante qu'ont tant d'hommes au moment suprême. Elle n'arrivait pas à lui rendre les orgasmes qu'il lui prodiguait si généreusement. Quand elle l'interrogeait là dessus, quand elle s'inquiétait, il répondait simplement "quelle importance ! Je suis toujours comme cela, mais tu ne peux pas savoir combien je suis bien avec toi !" Malgré tout, il avait parfois au fond du regard une lueur de tristesse qu'elle ne s'expliquait pas. Elle n'arrivait pas à fendre l'armure.

Ce jour là, quand elle entra dans la chambre, il était assis sur ses genoux devant une table basse. De l'autre côté, était posé un coussin. Cela la fit sourire. "Tu m'annonces ainsi que mes rondeurs vont bientôt en avoir besoin ?", lui lança-t-elle. Il lui sourit, puis lui dit : "déshabille toi, entièrement". L'étonnement la laissa muette. Jusqu'à maintenant, elle restait habillée pendant qu'il lui exposait les nouvelles raisons qu'il avait trouvées pour la corriger ou pendant qu'elle lui confessait ses innombrables fautes, réelles ou imaginaires. Quand il se saisissait d'elle, elle était encore habillée, et il considérait de son privilège et de son devoir de fesseur de la trousser et de la déculotter lui même. La nudité venait plus tard. "Maintenant ?" dit elle. "Maintenant". Et il prit en main le martinet posé près de lui, à côté d'un petit paddle en bois et d'une fine baguette. Elle connaissait ces instruments et savait qu'ils pouvaient être redoutables, mais terriblement excitants.

Elle retira ses sandales, défit sa jupe, déboutonna son chemisier, et le regarda, juste vêtue des dessous que comme toujours elle avait choisis avec soin pour lui. "Continue", lui lança-t-il en faisant négligemment retomber les lanières du martinet sur sa main. Elle se défit alors de son soutien gorge et de sa culotte en dentelle (le temps était trop doux pour avoir des bas...) et se tint debout, les seins dressés vers lui, et son sexe déjà légèrement humide sous l'oeil admiratif de son amant. Elle se trouvait trop ronde, avec des seins un peu trop gros, une taille pas assez fine, des mollets pas assez fins, mais chaque fois qu'elle avait dit cela, il l'avait fessée tellement fort en grognant "tu es magnifique et si continues à dire ces bêtises, je te flanque une monumentale raclée !" qu'elle n'émettait plus d'opinion sur le sujet...

"Assied-toi". Elle se mit comme lui, fesses sur les genoux, et genoux sur le coussin, réalisant la délicate attention qu'il avait eu pour son confort. Il sortit de sa poche un jeu de 32 cartes, et expliqua ses règles du jeu. "A chaque couleur, correspond un instrument. Le coeur, c'est bien sûr la main. Le trèfle, c'est le martinet car les lanières s'étalent comme les feuilles. Le carreau, c'est le paddle, car c'est la même forme. Le pique, c'est la baguette qui justement pique". "Ce n'est pas un  peu tiré par les cheveux ?" osa-t-elle demander. "C'est tes cheveux que je vais tirer..." rétorqua-t-il, et elle se tut. "Chaque carte indique le nombre de coups : 7, 8, 9, 10, et 20 pour le valet, 30 pour la dame, 40 pour le roi et 50 pour l'as. Tu vas tirer quatre cartes. Au minimum, cela fait 28 coups, sept de chaque couleur, et au maximum, 200, si tu tires quatre as. Mais comme il serait dommage que tu t'en sortes avec une petite fessée de rien du tout, tu tireras quatre cartes trois fois de suite, et je choisirai la combinaison qui me convient le mieux. Et si c'est nécessaire, je cumulerai deux combinaisons". "Mais ce n'est pas juste ! C'est le hasard qui doit décider, pas toi !". "C'est juste parce que je l'ai décidé. D'autres questions ?". Non, elle n'avait pas d'autre question, et commençait à trouver ce jeu finalement assez amusant...

Elle tira les quatre premières cartes : huit de trèfle, valet de coeur, sept de coeur, dix de pique. "45 coups, et pas de paddle", constata-t-il en faisant la moue. Deuxième pioche : as de pique, dix de trèfle, huit de coeur, valet de trèfle. "88 coups, dont cinquante coups de baguette et 30 de martinet, c'est nettement mieux", siffla-t-il. Troisième pioche : reine de coeur, sept de carreau, dix de carreau, dix de trèfle. "57 coups, avec enfin le paddle... Et bien, en additionnant les deux dernières pioches, nous allons arriver à une correction tout à fait convenable..." "C'est à dire ?" demanda-t-elle, un peu inquiète et perdue, car le calcul mental n'avait jamais été son fort. "Et bien, pour commencer, 38 claques à la main. Ensuite, 17 coups de paddle. Puis 50 coups de baguette. Et enfin 40 coups de martinet. Au total 145 coups. Mais, je te rassure, c'est moi qui compterai". Elle lui lança un regard reconnaissant. Elle détestait compter, car cela l'empêchait de se laisser aller à toutes les sensations et les émotions qui la submergeaient pendant la fessée. Elle n'avait pas trop peur car elle avait le souvenir d'avoir connu des punitions a priori plus cuisantes.

"Debout ! Viens ici". Lui même resta assis sur ses genoux, lui tendant le bras. Encore une variante... D'habitude, il s'asseyait sur une chaise ou sur le lit pour lui donner la fessée sur les genoux, la "reine des fessées", comme ils l'appelaient. Elle s'allongea en travers de ses cuisses, pratiquement à même le sol. L'intimité en était d'autant plus grande entre eux. Il n'y eut pas besoin de préliminaire puisque son postérieur était déjà nu. Il tapa méthodiquement, lentement, en articulant bien chaque chiffre, au moment même où sa main s'abattait sur une des deux sphères. Comme à son habitude, il prenait soin de taper plusieurs fois au même endroit de l'épiderme, ce qui était plus douloureux. Mais une douleur très supportable, car le jeu avait déjà installé en elle une certaine excitation, et son popotin avait l'habitude de ce genre d'énergique traitement.

Le paddle fut plus éprouvant, comme elle s'y attendait, mais elle resta stoïque, sans crier, avec juste quelques gémissements et grimaces. "C'est vraiment un instrument efficace... Dommage que tu n'aies pas droit à plus", commenta-t-il en lui assénant le dernier des 17 coups. "Je me permets de ne pas partager ton avis", répondit-elle avec une petite voix, ce qui le fit rire. "Bon, et bien maintenant, tu vas te permettre d'aller au coin, en attendant la suite. Et gare à toi si tu te retournes !". Elle obéit avec empressement, contente de cette pause bien venue pour ses rondeurs déjà bien chauffées et rougissantes. Il la laissait frotter ses fesses, car il trouvait ce geste touchant, et flatteur pour la vigueur dont il faisait preuve à son égard. Elle entendit des bruits d'origine indéterminée derrière elle : il semblait manipuler un objet.

"Retourne-toi !". Sur le mur en face, à la place d'un tableau qu'il avait retiré, pendait la petite cordelette qui avait servi déjà plusieurs fois à lui lier les mains. Elle comprit que cette fois-ci, ce qui était une première, elle serait attachée au crochet vissé au mur, les bras en l'air, offerte au fouet et à la baguette. Elle frissonna, un peu de peur et beaucoup de désir. Il l'emprisonna ses mains dans les liens, lui fit mettre ses bras au dessus de sa tête, et les accrocha. Ses muscles étaient tendus, ses seins un peu écrasées contre le mur et sa croupe bien cambrée.

Il se saisit de la baguette et lui cingla le cul, avec toujours la même énergie et la même détermination. Elle ne put s'empêcher de pousser quelques cris, ce qui ne fléchit en rien son intransigeance. Fouettée elle devait être, fouettée elle serait. Les 50 coups lui furent assenés sans faiblesse, et bien qu'ils fussent de plus en plus forts, de plus en plus rapides, elle les supportait de mieux en mieux, et sentait autant la cyprine qui commençait à ruisseler sur ses cuisses que les stries sur sa peau.

Enfin, arriva le moment du martinet. Comme d'habitude, les lanières caressèrent son dos, ses reins, ses fesses, passèrent entre ses cuisses, effleurèrent son vagin. Et comme d'habitude, elle respirait avec difficulté tant cette douceur avant la tempête exacerbait tous ses sens. Puis il recula, leva le bras, et abattit le fouet sur le derrière déjà cramoisi. "Un !". Elle bondit sous la morsure, tira sur ses liens, puis reprit docilement sa position. Il la fouetta comme il l'avait rarement fait, avec une intensité inédite. Lorsqu'il prononça "40 !", elle était dans un état second.

Commença alors le moment des caresses et des baisers. Attachée, elle était à la merci de sa tendresse comme elle l'avait été de sa sévérité. Il n'était pas question pour elle de prendre sa bite à pleines mains et à pleine bouche comme elle le faisait si souvent après avoir été fessée. Là, elle était complètement passive. Il fit parcourir avec douceur ses doigts et sa paume sur tout son corps, puis s'agenouilla pour faire entrer sa langue au plus profond d'elle même. Un orgasme d'une violence inouï la parcourut. Il se mit debout, et ce fut sa queue qui la transperça, pendant qu'active pour la première fois, elle enserra sa taille avec ses cuisses. Elle éprouva alors un plaisir plus lent, moins aigu, mais intense. Elle ne put s'empêcher de remarquer, avec un petit pincement au coeur, que sa respiration à lui s'était tout juste accélérée.

Ils se retrouvèrent sur le lit, tendrement enlacés. Il jouait avec ses cheveux, et la couvrait de tendres bisous. Elle le regarda, et d'un seul coup, sans réfléchir, lui dit : "c'est bien le jeu de cartes, mais cela pourrait aussi permettre de déterminer qui doit être fessé, de nous deux". Sa remarque l'étonna elle-même, elle qui n'avait jamais switché. Mais le regard qu'il lui lança en réponse, à la fois étonné, reconnaissant, heureux, ému, lui fit sentir qu'elle avait visé juste.

Enfin, elle avait réussi à fendiller l'armure.

Vincent flâneur


Commentaires

  1. Très beau récit !! Quel jeu ! Quelle fin !
    Crocodelle

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  2. Oui, l'histoire est chouette. Je suis comme Luna, je vais motiver mon homme pour jouer aux cartes 😉

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  3. Vincent flâneur13 août 2018 à 14:51

    Merci à tous les trois ! Je suis content si mon histoire donne des idées...

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  4. J'aurais presque pu l'écrire, cette histoire... presque ! Cela me rappelle avec un brin de nostalgie de lointains souvenirs : en lieu et place des cartes à jouer, j'avais offert à Monsieur une roulette de casino... qu'il n'a jamais utilisée ! Monsieur préférait tout maîtriser sans rien laisser au hasard. Je ne m'en plains pas, j'ai adoré être ainsi placée sous sa seule autorité. Mais avec un brin, sinon d'amertume, du moins de regret sur le fait que nous ne parvenions pas à nous retrouver et à nous amuser ensemble des mêmes choses, et que mes propositions plus ou moins explicites sortant de notre (sa) routine restent lettre morte, parque qu'il ne savait ou ne voulait pas entendre et satisfaire certaines de mes attentes...

    Bref, j'aime beaucoup cette complicité parfaite qui offre à chacun de rebondir sur la passe de l'autre et réciproquement, de se renvoyer la balle dans un échange harmonieux et complémentaire. Le gage sans doute d'une relation épanouissante et durable.

    J'ai un peu tiqué sur les tarifs pratiqués, mais que voulez-vous, je le sais bien, c'est la crise, l'inflation... Le coût de la vie ne cesse de grimper en flèche mon pauv'Monsieur !

    Quant à la règle du jeu... comment dire ? Tenez, je vous cite :
    Au minimum, cela fait 28 coups, sept de chaque couleur, et au maximum, 200, si tu tires quatre as. Mais comme il serait dommage que tu t'en sortes avec une petite fessée de rien du tout, tu tireras quatre cartes trois fois de suite, et je choisirai la combinaison qui me convient le mieux. Et si c'est nécessaire, je cumulerai deux combinaisons". "Mais ce n'est pas juste ! C'est le hasard qui doit décider, pas toi !". "C'est juste parce que je l'ai décidé. D'autres questions ?".
    J'adore, rire ! Que nous les aimons, ces Messieurs qui ont inventé la tricherie, la mauvaise foi, et la tyrannie domestique !

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    Réponses
    1. Cela me fait penser à cette réplique culte d'une publicité Orangina réalisée par le génialissime Alain Chabat : Mais pourquoi est-il aussi méchant ? Parce que !

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  5. Un bien beau commentaire de votre part, Miss, qui commence de façon émouvante et nostalgique, même si ensuite votre sens de l'humour et votre causticité reprennent le dessus.
    Sur les tarifs, ma longue expérience m'a appris qu'il ne fallait jamais tenir compte des protestations ou tentatives de négociations des dames selon qui la fessée annoncée serait trop sévère. En fait, elles peuvent supporter beaucoup plus que ce que l'on croit, et que ce qu'elles croient elles-mêmes. A condition que le monsieur sache prendre son temps et être à l'écoute.
    Et je renchéris, en l'assumant totalement, sur votre conclusion : la mauvaise foi et l'arbitraire sont aussi nécessaires à un bon fesseur qu'un bras énergique. :)

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