Juliette par Christal




D'après la fiche perso de Misscil : http://textup.fr/252101oJ



Juliette


Je suis Juliette, symbole de la passion féminine et de l'amour inconditionnel. J'ai 42 ans, aventurière dans l'âme, j'ai toujours rêvé de partir sac sur le dos à la découverte du monde, découvrir les cultures et partager des moments authentiques avec les gens rencontrés.

Mais finalement, je ne voyage qu'à travers les autres, à travers leurs mots, leurs souvenirs.
Pourquoi ? parce que je n'ai jamais osé m'accomplir réellement, mettant mes envies et mes désirs de côtés pour aider les autres à s'accomplir, par facilité et parce que je me complais dans un confort sécurisant. Je me laisse souvent à rêver qu'un jour, je passerai outre mes doutes et je serai pleinement moi sans faux semblants, sans barrières. Je me livrerai entièrement et deviendrai moi.

Femme de combat le jour, je me bats contre l'injustice au quotidien et je suis redoutable quand il s'agit de défendre une cause, avocate j'utilise ma verbe et je ne faiblis jamais. Je me cache sous ma robe d'avocate, je me cache sous les textes de lois, je me cache de mes envies qui reviennent chaque nuit, et qui se joue de moi car je perds toute assurance lorsque la nuit tombe et que je me retrouve seule dans mon lit remplit de doutes et assaillis par des pulsions sauvages et rebelles. 

Il va de soi que tout ceci ne va pas durer éternellement, je suis épuisée par ses nuits où mon sommeil se perd dans des fantasmes récurrents qui épuisent mes forces la journée. Verrouillés la journée, mes démons me torturent la nuit ne cessant de me rappeler qu'il serait grand temps de me libérer. Et ce matin, je n'ai pas le temps de m'adonner à un plaisir onaniste fade qui ne calme en rien mon bas ventre. Non, ce matin, j'ai une affaire à plaider et j'affronte un avocat dont la réputation le précède. 

Hadrien Cosman ressemble plus à un sportif de haut niveau qu'à l'archétype même de l'avocat : grand brun aux yeux verts, jolie musculature et un visage dont je ne saurais dire s'il on y voit un ange ou le diable. En tout état de cause, sa présence ne me laisse pas insensible. Il gagne la majeure de ses affaires grâce à une prestance et des arguments sans pareils. Je vais donc devoir être au-dessus de lui si je veux gagner cette affaire.

Arrivée dans la salle d'audience, je me sens moins à l'aise qu'à l'accoutumée et mes premières interventions laisse paraître mon trouble. Je ne me reconnais pas. Cet homme éveille des sensations particulières en moi et me déstabilise juste par sa présence. Je regarde ma cliente et me concentre sur le dossier, je me ressaisie et continue ma plaidoirie en mettant en avant tous mes talents d'avocate. Après des échanges vifs, je sens que je peux retourner le juge en ma faveur et balance un ultime argument qui sèche mon confrère. 

Moi : 1, Don Juan : O. Le juge prend quelques minutes pour délibérer, puis annonce que ma cliente est libre et que l'affaire est classée.

J'exulte, je n'ai jamais été aussi fière de remporter un dossier. Sûr de moi, de mes compétences et de mes arguments, je n'ai finalement pas failli et je remporte une bien belle bataille face à mon adversaire du jour.

Celui-ci me tend sa main et me félicite pour cette victoire.

- C'était un plaisir de plaider face à vous, me dit-il. 

- Plaisir partagé, Maitre Cosman.

- Merci Juliette.

Juliette...Mon prénom dans sa bouche me transporte dans un tout autre univers. Je pense qu'à cet instant


il est capable de lire mon trouble. Je m'éloigne et je rejoins ma cliente qui s'apprête à quitter le tribunal. 

Après les remerciements d'usages entre ma cliente et moi même, je descends les marches du tribunal, 
quand mon prénom vient à nouveau flotter dans l'air et son écho vient se loger dans mon bas ventre.

Je me retourne et Hadrien presse le pas pour venir à ma hauteur. 

- Puis-je t'inviter à boire un verre, Juliette ? 

Oui, évidemment, je lui réponds avant même qu'il est fini de prononcer mon prénom.

Il sourit, je souris. Ce qui me fait me sentir bête en cet instant précis. Nous rejoignons un bar à vin tendance de la ville et choisissons une table en terrasse. La journée a été ensoleillé et les rayons du soleil sont encore présent en cette fin d'après-midi.

Nous prenons un cocktail et je m'aperçois que ma jambe droite tremble, je suis loin d'être aussi sûre de moi que lors de la plaidoirie. Je pose ma main sur ma jambe pour me calmer et entame la discussion pour éviter les silences gênants. Je parle, je parle, lui écoute, réponds et prends le temps de me juger au-delà de l'image que je suis en train de lui donner de moi.

Nous plaisantons et passons un agréable moment, la tension dans mon bas ventre s'est calmé. Hadrien est finalement un homme facile d'accès, épicurien et voyageur. Après un second cocktail, il me propose d'aller faire 2/3 courses puis de dîner ensemble chez lui. J'accepte volontiers.

La préparation du repas est un moment complice et drôle ! Nous passons à table pour déguster notre poulet au gingembre. Un régal ! Le vin me monte légèrement à la tête, Hadrien me le signale gentiment mais fermement qu'il n'est pas sage que je reprenne un verre. Mon éclat de rire se perd dans ses mots. Je prends la bouteille et verse le contenant dans mon verre, je le regarde droit dans les yeux comme pour le défier.

Le vin se met à déborder de mon verre, je m'en rends compte au moment où il prononce mon 
prénom :

"Juliette ! Regarde ce que tu fais." Sa voix est posée mais ferme.

"Oh pardon, je... ce n'était pas voulu. Tu m'as troublé." Je me sens confuse. Mon trouble ressenti plus tôt dans la journée réaparait.

"Troublé ?" demande-t-il calmement.

Je baisse la tête comme prise en faute. "Troublé, oui...".

Je relève les yeux timidement et remarque qu'il me fixe, un semi sourire aux lèvres. Ses yeux devenus brillants prennent une couleur plus vive, son côté démon, je présume. Doucement, il saisit le verre que je serrais encore entre mes phalanges bloquées par le désarroi. Quelques gouttes de vin s'échappent sur mes doigts, que je fixe comme des petites perles précieuses. Sa main saisit la mienne, l'approche de ses lèvres et pose un baiser sur le précieux nectar. Je le laisse faire, incapable de réagir de peur qu'il s'arrête. Tout semble se passer au ralenti, mes doigts sur ses lèvres, ses yeux émeraudes qui me fixent et mon coeur qui va bientôt exploser dans ma poitrine. 

"Mademoiselle Juliette vous êtes consciente que vous venez de commêtre une erreur ?"

"Oui Monsieur. "

"Levez-vous ! Mains dans le dos, tenez-vous droite. Pouvez-vous me rappeler vos méfaits ?"

Hadrien est sérieux, il n'y a plus de sourire sur son visage. Je comprends où il veut en venir et moi je sais ce que j'ai envie de découvrir. Je souris malgré moi, je suis heureuse, l'alcool, lui, ses mots. C'est euphorisant.

"Monsieur, j'ai consommé de l'alcool plus que la dose autorisée par la loi. Vous m'avez rappeler à l'ordre une fois, mais je ne vous ai pas écouté préférant vous défier. Juste pour voir.", dis-je sur un ton plus bas. 

"Et ?" me dit-il

Je me mords la lèvre inférieure et laisse passer quelques secondes. Il patiente, sûremment conscient que je n'ai jamais fait cela auparavant. Je ne veux pas que cela s'arrête, je rassemble mon courage plus présent que ma honte et lui dit d'une voix la plus sûre possible :

"Et je mérite d'être punie pour cela, Monsieur."

Son sourire réapparaît et cela me fait baisser les yeux. Il s'approche et me relève le menton.L'émotion est trop forte et ma carapace se fendille avant même de vivre ce moment attendu depuis si longtemps. Je sens les larmes venir au bord de mes yeux. Je lui souffle un merci.

"Attends avant de me dire merci Juliette", me dit-il, "je ne t'ai encore rien fait"'. Il tire l'une des chaises et s'assoie.

"Mademoiselle, approchez-vous, s'il vous plait."


Christal



Commentaires

  1. Une découverte très sensuelle de tout ce qui précède ce moment intense et unique où d'un geste, d'un mot ou d'un regard, tout change... d'un coup !

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    1. J'aime particulièrement, les moments où les êtres se découvrent pudiquement. Les mots, les jeux de regards qui signifient "viens suis-moi" et à un moment précis, l'autre se dit que oui, le moment à vivre est beau et il faut sauter le pas.

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  2. J'adore ces récits qui invitent à fantasmer l'action et à s'approprier la finalité... :)

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    1. Aurea, tu peux fantasmer la fin parce que j'ai galéré comme jamais pour écrire ces quelques lignes ☺️

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  3. Super récit, on se demande ce qu'il va arriver à Juliette^^

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    1. Merci Luna. Si tu es inspiré, je te laisse écrire la suite 😉

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  4. Magnifique récit Céline, on vit cette histoire. Bravo.

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